—Madame, dit l'une des religieuses, deux hommes viennent encore d'entrer sur le territoire de la communauté.

—Hélas! fit Claudine, les murs de notre pauvre couvent sont en ruine. Comment pourrions-nous empêcher ces incursions de l'Amalécite? Allez prier, mes soeurs, allez...

Cette réponse impudente, Claudine la fit sur un ton de douloureuse piété. Les deux soeurs s'inclinèrent et sortirent. Sans doute Fausta était au courant des moeurs extraordinaires de ce couvent, car elle ne parut nullement étonnée. Seulement, tandis que les soeurs se retiraient, elle dit:

—Le jour est proche, madame l'abbesse, où vous pourrez rebâtir le temple qui abrite ces saintes filles. N'oubliez pas qu'un revenu de cent mille livres est assuré à votre couvent, du jour où nos projets auront été bénis par Dieu.

L'oeil de Claudine étincela. Fausta, déjà, s'était tournée vers Saïzuma et l'examinait en silence. La bohémienne s'approcha d'elle, lui prit la main, et lui dit de sa voix morne;

—Voulez-vous savoir votre bonne aventure?

—Non, dit Fausta. Mais, si tu veux, je te dirai la tienne. Car je sais lire dans la main les événements passés.

Saïzuma considéra avec étonnement là femme qui lui parlait ainsi avec une douceur d'accent qui fondai son coeur et une autorité qui la subjuguait. Elle demanda:

—Qui es-tu? Es-tu de Bohême comme moi?...

—Peut-être, dit Fausta. Mais, puisque je te parle à visage découvert, ne peux-tu retirer ton masque?