LA VIERGE GUERRIÈRE

Nous sommes au soir de cette même journée. Au fond de son mystérieux palais, Fausta est assise à une table sur laquelle est étalée la lettre de l'abbesse Claudine de Beauvilliers. Elle a revêtu un costume de cavalier tout en velours noir sur lequel se détache la jaquette de cuir fauve, souple cuirasse assez fine pour modeler les contours de cette magnifique statue, assez forte pour défier la pointe d'une dague.

Un loup de velours couvre le visage de Fausta. Une épée est attachée à son baudrier, une véritable rapière, longue et solide, à la garde d'acier bruni. Sur sa tête, dont la chevelure opulente est relevée en torsades noires comme la nuit, elle a posé un feutre orné d'une plume de coq rouge...

Pardaillan aussi porte un feutre sur lequel se balance une plume de coq rouge... Coïncidence? Souvenir?... Qui sait!

Fausta elle-même ignore pourquoi elle a emprunté ce détail de costume au chevalier. Car Fausta, c'est la vierge inviolable, n'ayant de femme que son sexe. Et pourtant Fausta éprouve un trouble qui l'accable. Pour la première fois, Fausta irrésolue comprend enfin qu'elle est encore trop femme pour devenir l'Ange qu'elle a rêvé d'être!...

Cette lettre de l'abbesse, Fausta l'avait relue mille fois. Qu'y avait-il donc dans ces pages qui pût jeter un tel désordre dans une telle âme? Commençons par la fin, c'est-à-dire par le post-scriptum; il contenait le récit de Mariange, c'est-à-dire la fuite, ou plutôt le départ de Saïzuma. Or, Saïzuma, c'était la mère de Violetta. Et avec qui était-elle partie? Avec Pardaillan!... Tout le début de la lettre contenait le récit de Belgodère, c'est-à-dire que le duc d'Angoulême et Pardaillan étaient à la recherche de Violetta.

Fausta, après de longs et terribles pourparlers avec elle-même, venait de découvrir dans son âme un sentiment qui n'y était pas encore.

Elle haïssait Violetta!... Depuis quand?... Depuis la lecture de la lettre!... Habituée à lire en soi-même, Fausta, rugissante de honte et d'impuissance, dut s'avouer la vérité: elle n'avait jusqu'à présent haï Violetta. Elle ne l'avait jamais considérée que comme une pauvre petite fille que le hasard mettait en travers de la route fulgurante qu'elle parcourait et qu'il fallait froidement supprimer...

Elle haïssait maintenant Violetta d'une haine atroce; maintenant, oui, maintenant qu'elle savait ceci: Pardaillan recherchait Violetta!... Pardaillan aimait Violetta!...

Fausta jalouse!