Les décisions, lentement, s'étaient agglomérées dans son esprit, en cette journée où elle avait vécu d'inoubliables heures de lutte et de détresse. Vers midi elle avait expédié un émissaire à Claudine pour lui annoncer sa prochaine visite et elle disait à l'abbesse:

«Vous me répondez sur votre vie de la prisonnière jusqu'à ma visite.»

Vers quatre heures, elle avait écrit au duc de Guise pour lui dénoncer la présence de Pardaillan à Paris. Elle avait hésité à désigner l'auberge de la Devinière... elle s'était accordé jusqu'au lendemain. Pourquoi?...

Il était environ neuf heures du soir lorsque nous la retrouvons accoudée à une table et relisant encore la lettre de Claudine, y cherchant la résolution suprême. A ce moment, Fausta semblait très calme. C'est que, peut-être, la résolution s'était formulée dans son esprit. En effet, elle se leva, brûla la lettre à un flambeau de cire rosé, passa des gants de peau souples s'assura que son épée était en bonne place à son côté, puis, ayant frappé sur un timbre, elle ordonna sans même se retourner, car elle était sûre que quelqu'un était accouru pour recueillir l'ordre:

—Quatre cavaliers d'escorte et un cheval pour moi, à l'instant. Et qu'on aille prévenir Bussi-Leclerc, gouverneur de la Bastille, que je l'irai voir cette nuit même.

Moins de deux minutes plus tard, elle se trouvait dans la rue où les quatre cavaliers attendaient, et où un écuyer lui présentait l'étrier... Une fois qu'elle fut en selle, les cavaliers se placèrent deux en avant, deux derrière elle.

—A l'abbaye de Montmartre! dit alors Fausta.

La petite troupe se mit aussitôt en marche, sortit de la Cité, et se dirigea vers la porte Montmartre. La porte était fermée. Mais l'un des cavaliers de l'escorte montra à l'officier du poste un papier qui portait la signature du duc. L'officier fit baisser le pont-levis.

XXX

VIOLETTA