Deux hercules, qui complétaient la troupe de Belgodère, se mirent à distribuer au menu peuple force horions et bourrades, et, bientôt, un grand cercle se forma, au centre duquel la pauvre créature accordait sa guitare sur laquelle tombaient des larmes silencieuses.

A deux pas de la petite chanteuse, un groupe de gentilshommes, favoris de Guise, et, en avant d'eux, le duc, pâle, agité, l'oeil rivé sur cette enfant qui le faisait trembler... Sur sa gauche, le prince Farnèse, sombre et muet; près de la roulotte à laquelle s'appuyait le duc Charles d'Angoulême, plus tremblant, plus agité peut-être qu'Henri de Guise... Et là-haut, à la fenêtre, à demi cachée dans les rideaux, la princesse Fausta.

Violetta ne voyait rien; son âme était restée près de la morte; ses yeux demeuraient baissés sur l'instrument; et ses doigts fins se mirent à voltiger sur les cordes; une ritournelle d'une grande douceur s'exhala dans l'air embaumé par les éventaires du marché aux fleurs. Et sa voix d'or commença une naïve complainte d'amour... mais, dès la première strophe, elle s'arrêta, brisée par un sanglot... Le duc de Guise s'avança vivement.

—Vous pleurez? demanda-t-il d'une voix altérée.

La chanteuse leva sur lui son regard noyé de douleur.

—Vous, balbutia-t-elle frissonnante. Laissez-moi!

—Tu pleures, reprit le duc, haletant. Si tu voulais... jamais plus tu ne pleurerais... car, tu serais la plus fêtée, la plus choyée dans Paris. Ecoute-moi, gronda-t-il avec plus de menaçante ardeur, ne te recule pas ainsi... Par le Ciel! il faut que tu saches que je t'aime... il faut...

A ce moment, comme Charles d'Angoulême, livide, la main à la garde de l'épée, s'avançait en frémissant, une éclatante fanfare de trompettes résonna sur la place de Grève... Des clameurs furieuses, aussitôt, s'élevèrent de la multitude qui reflua, tourbillonna...

—Les gardes du roi! Les Suisses de Crillon! A mort!... A l'eau!...

Ces gardes, c'étaient ceux qui, la veille, avaient essayé d'enlever les barricades élevées par le peuple!...