Le duc de Guise s'élança en poussant une imprécation. Ses gentilshommes le suivirent, l'épée à demi tirée... Le peuple, à la vue de ses ennemis de la veille, poussait des vociférations de rage... En un instant, la place, si paisible et joyeuse, fut remplie de hurlements, bousculades de bourgeois courant s'armer.
—Aux armes! A mort les suppôts d'Hérode!...
—A l'eau, les gardes! A l'eau, Crillon!...
Et ce fut dans ce tumulte de prise d'armes, à cette minute où les arquebusades allaient peut-être recommencer, qu'eut lieu la première rencontre de Charles d'Angoulême et de Violetta...
En voyant Guise se précipiter sur Crillon, Charles avait renfoncé son épée et s'était arrêté près de l'enfant... Ils étaient l'un devant l'autre, tous deux d'un charme intense dans la grande rumeur d'orage qui se déchaînait.
—De grâce, dit-il doucement, ne craignez rien... Vous pleuriez... Est-ce que cet insolent gentilhomme...
—Non! oh! non, dit-elle avec effroi. Je pleurais... voyez-vous... parce que... ma mère est morte!... Elle est là... toute seule!... Et nul ne se penche sur ce pauvre corps pour lui faire l'aumône d'une prière...
—Votre mère est là... morte! fit Charles en pâlissant de pitié, comme il avait pâli d'amour. Et vous, pauvre enfant, on vous forçait à chanter!... cela est horrible!...
—Non! non! dit-elle en jetant un regard de terreur sur Belgodère qui rôdait autour d'eux, en grondant. Je chantais... pour acheter des fleurs à ma mère...
Charles prit une main de Violetta qui, à ce contact, tressaillit... Il la conduisit à la roulotte, la fit monter et entra lui-même. Alors, il aperçut le corps de la Simonne étendu sur sa couchette, et il s'inclina, la tête nue.