Elle était à la fenêtre de la maison sur la place de Grève. Une foule énorme roulait sur la place... Guise apparaissait parmi les acclamations... puis les trompettes sonnaient une fanfare, et Crilîon apparaissait...

Et, alors, elle revoyait l'épisode... un homme tenait tête au roi de Paris et semblait, de son regard, faire refluer la foule menaçante... et Pardaillan, la rapière haute vers le ciel, marchait à travers la multitude qui tourbillonnait... C'est là qu'elle l'avait vu pour la première fois! C'est ainsi qu'elle le revoyait!... C'était de là que datait son amour!...

«Je l'aimais déjà, râla-t-elle au fond d'elle-même, Violetta morte, je l'aimerai encore!...»

Plongée dans ses réflexions, elle cherchait une conclusion digne d'elle. Jamais jusqu'alors, dans la vie étrange, fabuleuse, fantastique qui était sa vie, elle n'avait eu de longues hésitations: l'acte, chez elle, suivait toujours immédiatement la pensée. Cette conclusion qu'elle s'imposa, nous la donnons ici comme preuve de son intrépidité d'âme.

«J'aime, dit-elle. Ceci est avéré. Si affreuse que soit l'aventure, rien ne peut faire qu'elle ne soit pas; j'aime ce Pardaillan, moi qui ai souri de l'amour que m'offraient les plus beaux gentilshommes de Rome, de Milan, de Florence... Et, moi qui n'ai jamais aimé, je suis frappée à mon tour... j'aime cet homme qui m'a regardée en face...»

Elle haletait, elle souffrait vraiment une torture physique devant la décision qu'elle prenait.

«Je ne dois pas aimer!... Ceci est une épreuve que m'impose l'Esprit suprême, et dont je dois sortir victorieuse. Une âme comme la mienne n'est pas faite pour d'ordinaires passions: j'aimerai cet homme tant qu'il vivra. Donc il faut qu'il meure!...»

Elle eut un tressaillement. Son oeil flamboya d'orgueil:

«Mort, je l'aimerai peut-être encore... mais il ne sera plus en moi que le souvenir mélancolique d'un mal passé, guéri par ma volonté. Pardaillan mourra! Et, pour que mon triomphe sur moi-même soit véritable et complet, c'est de ma main que mourra Pardaillan!...»

Elle se leva à ces mots et acheva: