Son étrange adversaire paraissait être un jeune homme d'une vingtaine d'années, en qui on devinait la force nerveuse et souple d'un être habitué aux exercices du corps.

—Monsieur, dit alors le chevalier en reprenant cet air d'insouciance qui lui était habituel, vous n'avez pas voulu me dire votre nom; et, bien que ceci soit contre toutes les règles, je n'insiste pas pour le connaître; mais, enfin, ne pourrais-je savoir pourquoi vous me voulez occire?

Tout en parlant, il cherchait à étudier l'inconnu. Il espérait le reconnaître à la voix, mais l'inconnu, à son discours, ne répondit qu'en tirant sa rapière. Le chevalier salua et dégaina aussitôt.

—Monsieur, reprit-il, avant d'engager les fers, je vous prie de remarquer que j'ai toutes les raisons possibles de demeurer caché dans Paris; malgré cela, je n'ai pas hésité à me rendre à votre invitation. Contre tant de déférence que je vous témoigne, vous pourriez me rendre un service. Pourriez-vous me dire comment et par qui vous avez su que je passais la nuit à la Devinière?

Pour toute réponse, l'inconnu tomba en garde.

—Vous n'êtes pas galant, monsieur, dit Pardaillan, et, à mon grand regret, je vais être obligé de vous arracher votre masque. Défendez votre visage... je vous promets de ne pas tirer ailleurs qu'au masque.

Depuis quelques instants, les épées étaient engagées, et le cliquetis des fers troublait seul le silence.

Dès le premier engagement, Pardaillan eut un moment de surprise: il s'était battu cent fois peut-être, il connaissait les plus fines lames du royaume, il avait dans la main les passes les plus difficiles et, cette fois, il trouvait un redoutable adversaire. Jamais il n'avait rencontré poignet plus souple et plus ferme, rapière plus vivante, pointe plus menaçante. Il essaya de faire rompre l'inconnu.

Celui-ci demeura ferme, cloué sur place, les épaules effacées, n'offrant aucune prise. Soudain, il se détendit comme un ressort, et ce fut Pardaillan qui dut faire un bond en arrière...

—Mes compliments, dit le chevalier, avec un coup pareil, vous aviez toutes les chances de me tuer... toutes moins une. C'est justement cette une qui me sauve!