—C'est bien, dit alors Pardaillan, dans dix minutes je suis à vous, monsieur.
Il s'habilla sans hâte en sifflotant une fanfare de chasse.
Puis il ceignit sa bonne rapière, descendit dans la salle commune et aperçut le même étranger, qui le pria poliment de l'accompagner jusque dans la rue. Le chevalier obéit à cette invitation et s'assura par un rapide regard que la rue était parfaitement déserte. L'homme attendit que le garçon de la Devinière eût refermé la porte. Alors il se tourna vers Pardaillan, retira son chapeau et dit:
—Vous êtes bien le chevalier de Pardaillan?
—En chair et en os, mon cher monsieur, et vous?
—Moi, monsieur le chevalier, je suis l'écuyer d'un seigneur qui désire ne pas se nommer. Au nom de mon maître, je viens vous porter défi, vous déclarant convaincu de lâcheté si vous n'acceptez le cartel.
Pardaillan se mit à rire.
—Cornes du diable! fit-il, je pourrais vous répondre, sire écuyer, qu'il est dans les usages de la chevalerie de savoir au moins avec qui l'on va se couper la gorge.
—Mon maître vous dira son nom quand il vous aura couché sur la chaussée.
A ce moment, de l'ombre épaisse d'un mur se détacha une apparition qui s'avança, s'arrêta devant Pardaillan et fit signe à celui qui s'était donné pour écuyer. Celui-ci, sans plus rien dire, salua le chevalier, s'inclina devant le nouveau venu et, sans tourner la tête, s'éloigna. Pardaillan et l'inconnu se trouvèrent seuls en présence. Le chevalier avait jeté un ardent regard sur cette apparition.