—Oui! fit Croasse avec un rauque soupir.
Charles chancela. Un ineffable sourire transfigura le jeune homme. Alors, Croasse fut accablé de questions. De l'ensemble de ses réponses, il résulta que Violetta avait été enlevée de l'abbaye de Montmartre et conduite dans une autre prison.
Charles, suspendu aux lèvres de Croasse, l'écoutait comme il eût écouté un messie.
Celui-ci raconta, en se donnant le beau rôle, l'enlèvement de la pauvre Violetta. Il raconta comment il avait lutté contre les sbires de mauvaise mine et comment, malgré ses efforts, il n'avait pu sauver la pauvre Violetta. Alors, désespéré de son échec, il a cherché à retrouver le duc et Pardaillan.
La vérité, comme on s'en doute, était beaucoup plus simple. Après le départ de Belgodère et de Violetta. Croasse était descendu de sa soupente, s'était esquivé, avait attendu dans les marécages l'ouverture des portes de Paris et, comme l'ordre du duc de Guise était de ne laisser sortir personne, mais non d'empêcher d'entrer, il avait bravement pénétré dans Paris.
Si Charles d'Angoulême et Pardaillan n'ajoutaient que peu de foi à l'odyssée extraordinaire de Croasse. ils n'en laissèrent rien paraître. L'essentiel était que Violetta fût vivante. Sur ce point. Croasse était affirmatif et il n'y avait aucune raison de douter de sa parole. Mais alors, qu'avait-on fait de Violetta? Où avait-elle été entraînée? Tout à coup, Pardaillan pâlit.
—La place de Grève! murmura-t-il. Pourquoi la damnée Fausta a-t-elle parlé de Violetta?... Pourquoi m'a-t-elle donné rendez-vous ce matin à dix heures, sur la place de Grève?...
Il jeta les yeux sur l'horloge. Elle marquait neuf heures et demie.
—En route! dit-il d'une voix qui fit frissonner Charles. Duc, armez-vous solidement... et suivez-moi!...
—Où allons-nous?... haleta Charles.