Devant la soudaine, la fantastique ruée des truands ameutés par Loïson, la foule refluait, éperdue.
Guise, debout, rugissait de rage. Maineville, Bussi, cent autres s'élançaient, l'épée au poing... Fausta, flamboyante de fureur, levait sur le ciel un regard chargé d'imprécations, et, quand ce regard retombait sur Pardaillan, il était chargé d'une admiration surhumaine...
Voici ce qui se passait: tout ce que Paris comptait de coupe-bourses avait été attiré sur la Grève par la certitude de fructueuses opérations dans une multitude trop occupée de crier à la mort pour surveiller ses poches.
Ceux d'entre eux qui avaient vu le chevalier à l'auberge de l'Espérance et en avaient gardé un souvenir de terreur et d'admiration le reconnurent dès l'instant où il s'élança sur les archers. Foncer sur les agents de l'autorité a toujours été un plaisir pour la tourbe des gens de sac et de corde.
En quelques instants, une centaine de ces malandrins, surgis de toutes parts, s'étaient massés derrière le chevalier, adoptant aussitôt le cri de ralliement:
—Pardaillan! Pardaillan!
Un choc se produisit. Cette masse, emportée comme une trombe, fit la trouée à travers la foule culbutée, et se heurta soudain aux gardes, piques croisées.
Le choc fut effroyable et, dans le même instant, une vingtaine d'hommes, gardes ou truands, tombèrent, morts ou blessés. Pardaillan, les habits déchirés par les coups de piques, sanglant, hérissé, formidable, Pardaillan franchit comme un boulet les rangs des archers.
—Arrière, hurlèrent les deux gardes qui maintenaient Violetta.
La rapière du chevalier se leva, tourbillonna, le pommeau de fer atteignit l'un des gardes à la tempe; il tomba comme une masse; l'autre recula; au même instant, le chevalier saisit dans ses bras Violetta expirante et, se retournant, il apparut à ceux de l'estrade...