Fausta tira en effet un papier d'un petit meuble et le remit au bohémien en lui disant:
—Garde ceci précieusement; ce papier te permet en tout temps de passer partout; ce soir tu me rendras ce parchemin.
Belgodère saisit le parchemin qui portait la signature et le sceau de Guise. Il s'élança au-dehors sans songer à remercier Fausta. A peine fut-il parti que Fausta, ayant tracé en hâte quelques mots sur une feuille, appela et dit:
—Un cavalier pour l'abbaye. Cet ordre à Mme de Beauvilliers. Il est nécessaire que le cavalier arrive avant l'homme qui sort d'ici.
Belgodère avait repris le chemin de la porte Montmartre. Lorsqu'il y arriva, c'était encore le même sergent qui était de garde. Il reconnut le bohémien. Et il s'apprêtait cette fois à le faire saisir lorsque Belgodère exhiba son papier. A peine le sergent y eut-il jeté un coup d'oeil qu'il regarda Belgodère avec stupéfaction, puis s'inclina.
Dès que la porte lui eut été ouverte, Belgodère se précipita au-dehors, franchit le pont et s'élança vers l'abbaye. Tout en montant au pas de course, il ruminait:
«Comment vais-je apprendre la chose? Elle croit qu'elle s'appelle Jeanne Fourcaud. Pas du tout. Elle s'appelle Stella. C'est ma fille. Me croira-t-elle seulement? Oui. Nous partirons.»
Il riait nerveusement en grommelant ainsi, et il avait une effrayante figure.
Il atteignit l'abbaye et trouva plus expéditif de passer par la brèche. Il marcha vers l'enclos, et, quand il n'en fut plus qu'à cent pas, il vit que la porte en planches était ouverte. Belgodère fronça les sourcils, mais aussitôt il songea:
«C'est moi qui l'aurais laissée ouverte cette nuit...»