D'un bond, il fut dans le logis. Il était vide...

—Il se mit à courir comme un insensé, appelant, sanglotant et mêlant ses appels de tendresse de jurons terribles. Quand il fut bien sûr que Stella n'était plus ni dans le pavillon, ni dans l'enclos, il courut au monastère, monta l'escalier en bousculant un homme qui à ce moment le redescendait, et frappa violemment à la porte de l'abbesse.

—Stella! où est Stella? gronda-t-il lorsqu'il se trouva en présence de Mme de Beauvilliers; la prisonnière!

—Ne l'avez-vous pas emmenée? conduite à la Bastille?

—Je ne parle pas de Violetta. Je veux dire celle que j'ai ramenée...

—Ah! vous aviez donc ramené une autre prisonnière?

Belgodère saisit sa dure chevelure à deux mains. Il se rappelait maintenant qu'il n'avait prévenu personne. A mots entrecoupés, il fit le récit de ce qui s'était passé pendant la nuit, et comment, ayant conduit Violetta à la Bastille, il avait ramené Jeanne Fourcaud.

—Vous avez eu tort de ne pas m'informer, dit Claudine de Beauvilliers. Si la princesse demande compte de cette nouvelle prisonnière c'est vous seul qui en êtes responsable. Je conçois votre émotion...

Mais déjà Belgodère n'écoutait plus. Il secoua la tête et, s'élançant au-dehors, il retourna à l'enclos. Là, il s'assit sur une pierre, la tête entre les mains. Ce désespoir farouche dura deux heures, au bout desquelles le bohémien commença à mettre un peu d'ordre dans son esprit.

Il songea d'abord à la facilité avec laquelle il était arrivé auprès de l'abbesse. Il eût été attendu qu'il n'eût été ni plus vite, ni mieux reçu. Car l'abbesse lui avait parlé avec une politesse et une douceur à laquelle il n'était pas accoutumé.