Claude, l'un des premiers, saisit la bride de l'un de ces chevaux qui couraient en tous sens. Il sauta dessus et se trouva faire partie, pour ainsi dire, du peloton de cavaliers qui se lançait à la poursuite de Pardaillan. Seulement, lorsque Pardaillan tourna, Claude ne suivit pas le peloton. Il s'élança ventre à terre dans la même direction que Charles d'Angoulême, qu'il voyait disparaître au loin. Celui-ci se croyait poursuivi.
Lorsqu'il s'arrêta, haletant, devant son hôtel, l'hôtel de Marie Touchet, il sauta à terre, saisit Violetta dans ses bras, et heurta le marteau avec une telle frénésie que les serviteurs accoururent affolés; la porte ouverte, Charles déposa dans l'antichambre Violetta évanouie... A ce moment, Claude arrivait à fond de train et s'arrêtait devant la porte. Charles s'élança au-dehors et braqua son pistolet sur Claude. A l'instant même où il tirait, son bras dévia; la balle se perdit dans les airs; Charles se sentit étreint par deux bras de femme, et une voix balbutia à son oreille:
—Mon père! C'est mon père que vous tuez!...
Le jeune duc poussa un cri et jeta un regard de terreur sur Claude. Et, le voyant debout, tout pâle dans la fumée, il s'élança, lui saisit les deux mains:
—Entrez... entrez, ô vous qu'elle appelle son père... pardonnez... j'ai cru que vous nous poursuiviez...
Quelques instants plus tard, Charles d'Angoulême et Violetta, réunis dans les bras de Claude, mêlaient leurs sourires et leurs larmes. Le bourreau sanglotait doucement.
«Monsieur, fit alors le jeune homme tandis qu'il souriait à Violetta, notre situation est bien simple: j'aime cet ange dont vous avez le bonheur d'être le père. Il faut donc que vous sachiez qui je suis. Je m'appelle Charles, duc d'Angoulême. Ma mère s'appelle Mme Marie Touchet, et mon père s'appelait Charles IX...
—Le fils du roi! murmura Violetta ravie.
Au fond de cette rue paisible, les clameurs mortelles n'arrivaient pas. Dans cette salle aux beaux meubles luisants, aux tapisseries anciennes, régnait un calme infini. Charles d'Angoulême, cependant, reprenait:
—Vous savez maintenant qui je suis... je serais bien heureux, en cette minute la plus heureuse de ma vie, de savoir qui est le père de celle que j'aime...