A ce moment, une voix jeune, sonore, vibrante, éclata.

—Traître! tu te rends à un traître!...

Le colonel gronda une furieuse imprécation. Guise, la figure bouleversée de rage, tira à demi son épée et chercha l'audacieux qui le souffletait de ce nom de traître!

Et il vit alors un jeune homme qui bondissait au milieu du cercle vide, repoussait le colonel des Suisses d'un geste de souverain mépris, et se plantait devant lui.

—Henri de Lorraine, duc de Guise! dit encore ce jeune homme, meurtrier de mon père, deux fois traître! moi, Charles d'Angoulême, fils de Charles IX, roi de France, je te déclare félon et te défie en champ clos, à l'heure, au jour, au lieu qui te plairont!...

A l'instant, vingt gentilshommes se ruèrent sur Charles, le poignard levé. Mais Guise les contint d'un signe. Il haletait. Sa bouche écumait. Il cherchait une insulte avant de faire le geste qui livrerait le jeune homme à sa meute...

—Fils de Charles! dit-il enfin, j'accepte ton défi... Mais, comme la lâcheté est héréditaire dans ta famille, comme tu pourrais essayer de fuir, je vais te faire précieusement garder jusqu'au jour où moi, le Balafré...

—Vous ne vous appelez pas le Balafré, monseigneur! cria un homme qui, à son tour, s'avança, calme, la lèvre ironique, les yeux pétillants de malice, de joie.

C'était Pardaillan!... D'un coup d'oeil, il avait jugé là situation. Il venait de comprendre que Guise allait jeter un ordre d'arrestation.

«Sauvons mon petit louveteau!» grommela-t-il.