—Non, Pardaillan! mais on sort de la Bastille, on ne sort pas du tombeau...
—Hum!... on sort... on sort... pas toujours, ma chère!
—C'est donc bien grave ce que vous avez fait?
—Pas grave du tout. Comme je crois vous l'avoir dit, je n'ai rien fait, moi. J'ai simplement empêché de faire. Mais, enfin, je vous avoue que les huit ou dix mois de prison que j'ai mérités m'effraient, et j'aime mieux risquer tout pour tout.
Pardaillan, en parlant de huit ou dix mois de prison qu'il redoutait, était sublime.
—Risquer tout pour tout, reprit Huguette, c'est donc que vous allez mourir. Pardaillan, laissez-moi mourir avec vous, car, si vous mourez, je n'ai plus rien à faire dans la vie!
Les sanglots l'empêchèrent de continuer.
—Assez, Huguette, assez! dit Pardaillan d'une voix basse et tremblante. Vous êtes celle que j'ai le plus aimée après le pauvre ange que j'ai perdu... Vous êtes celle que choisirait mon coeur si ce coeur n'était mort en même temps que Loïse... Vous ne mourrez pas... et je ne mourrai pas!... Huguette, quand je me serai tiré de cette sotte affaire... nous vieillirons ensemble en causant, les soirs d'hiver, de M. de Pardaillan, mon père, qui vous aimait tant...
IL regarda Huguette à la dérobée. Elle ne pleurait plus, mais ses mains jointes semblaient continuer une prière.
—O mon père, songea Pardaillan, et son front s'empourpra d'une flamme d'orgueil et de sacrifice, ô mon père, vous qui m'avez appris comme il faut se battre et comme il faut mourir, vous allez voir comme on se rend!