—Elle reposa sur la poitrine du chevalier sa tête charmante que l'amour transfigurait.

—Au-dehors, dans ce silence relatif qu'avait signalé Pardaillan, une voix rude retentissait:

—Ici, ces poutres!... Les arquebusiers, là, sur deux rangs! Et apprêtez vos armes! Ici, les hallebardiers!

—Pardaillan, dit Huguette très doucement, laissez-moi mourir avec vous, puisque je n'ai pu vivre avec vous. Mon pauvre coeur, depuis des années, porte votre image. Je n'espérais pas votre amour. Je savais que vous aviez donné toute votre pensée à une autre. Je savais que vous adoriez Loïse morte comme vous l'aviez aimée vivante. Oh! non, je n'espérais rien... Seulement, quand vous étiez là, je vous regardais, et cela suffisait. C'était ma part de bonheur.

Pardaillan, tout pâle, écoutait la voix brisée de larmes qui lui rapportait le premier aveu d'un amour qu'il connaissait depuis de longues années.

Huguette, elle, n'écoutait que son coeur, qui enfin osait se révéler.

—Vous voyez, Pardaillan, que votre vie, c'était ma vie. S'il ne s'agissait pour vous que de quelque méfait qui se paie par la prison, je serais tranquille, car je me ferais forte de vous délivrer. Vous vivant, même prisonnier, comme vous le fûtes jadis à la Bastille, je vivrais... je me dirais: «Sûrement, il en sortira. S'il n'en trouve pas le moyen, je le trouverai, moi!...

—Huguette, ma chère Huguette. c'est précisément de cela qu'il s'agit!

—Non, non, vous allez mourir, Pardaillan! Votre air et vos préparatifs me disent assez que vous êtes décidé à vous faire tuer sur place.

—Décidé à me défendre, voilà tout. Mordieu, croyez-vous que ce soit agréable d'aller à la Bastille?