—Attaqué, ma chère Huguette!... Je crois que, dans une demi-heure, il ne restera pas grand-chose de votre auberge; une fois encore je vais être cause d'une grande destruction chez vous... ce sera la dernière!

—Mais vous! fit Huguette d'une voix mourante.

—Oh! moi, toute la charpie que pourraient effiler vos jolies mains me serait parfaitement inutile. Ce m'est encore une joie que de mourir en cette bonne auberge où j'ai connu les plus douces heures de ma vie.

Huguette poussa un gémissement. Pardaillan allait et venait, traînait des tables et des bancs et renforçait la barricade qu'il élevait avec toutes les règles de l'art.

—Parfait, dit-il. A l'abri d'un pareil rempart, je crois que je pourrai un peu donner du fil à retordre à messieurs de la messe. Regardez-moi ces mâchicoulis et ces meurtrières, ils en auront pour une heure à démolir tout cela... Pendant cette heure-là nous allons essayer de battre en retraite... nous trouverons bien un moyen, cornes du diable!

Pardaillan prit les mains de l'hôtesse et la consola.

—Voyons, fit le chevalier, il faut chercher un recoin où vous puissiez vous cacher, tandis que je tiendrai tête à ces furieux. Car, je crois ne rien vous apprendre, Huguette, en vous disant que cette fuite dont je vous parlais serait bien difficile.

—Impossible! balbutia Huguette avec un sanglot.

—Vous voyez bien qu'il faut vous cacher... dans votre cave, par exemple... Moi pris, ils n'auront pas l'idée de pousser plus loin les recherches. Venez, ma chère, ce silence relatif qui se tait dans la rue ne m'annonce rien de bon...

—Vous pris! murmura Huguette. Vous mort, que deviendrai-je, moi?...