—Venez avec moi, monsieur, s'écria Crillon, le roi vous fera colonel!

—Eh! monsieur! fit tranquillement Pardaillan, je suis déjà maréchal! maréchal de moi-même, et c'est énorme. Pourquoi me faire colonel des autres?

Crillon secoua sa crinière:

—Vous êtes un rude compagnon. Si le roi avait dix serviteurs taillés sur votre modèle, il serait demain sur son trône!... Allons, adieu!... Votre nom?...

—Chevalier de Pardaillan! Adieu, monsieur de Crillon!

Le brave Crillon, ébahi, se tourna vers ses troupes et se mit en route, en saluant une dernière fois de son épée cet homme dont l'intrépidité l'avait émerveillé.

Pardaillan prit le duc d'Angoulême par le bras et, simplement, comme si rien d'extraordinaire ne se fût passé:

—Rentrons par la porte Montmartre et allons nous reposer en vidant un broc de Suresnes à la Devinière, chez cette bonne dame Huguette Grégoire...

Laissons Pardaillan et Charles d'Angoulême rentrer dans Paris, et revenons un instant au duc de Guise qui venait de s'élancer vers son hôtel.

Sous ses allures de magnifique gentilhomme, sous l'ambition effrénée qui surchauffait son cerveau, sous cette passion même qui le brûlait pour une pauvre petite fille de Bohême, Henri de Lorraine, duc de Guise, roi de Paris par la force, presque roi de France par l'immense désir de la Ligue, cet homme, qui faisait trembler des rois, portait au coeur un mal terrible, un ulcère rongeur: la jalousie!