Pardaillan s'était rué en avant, sa dague au poing. Mais devant lui il ne trouva rien: la sentinelle, qui avait jeté l'alarme, s'était repliée au pas de course sur la grand-porte. Et, maintenant, c'était dans l'énorme forteresse un bruit de gens qui courent, qui s'interpellent.
Pardaillan eut un frémissement de tout son être. Il se tourna vers ceux qui le suivaient et dit simplement:
—Voulez-vous tenter avec moi d'être libres? Il faudra peut-être mourir!
—Libres ou morts! crièrent-ils ensemble.
—Eh bien, reprit Pardaillan d'une voix qui, cette fois, résonna comme une fanfare, eh bien, en avant donc et, puisqu'on ne peut être libres à moins, prenons la Bastille!
Pardaillan se mit en marche, tranquille en apparence.
Derrière lui, la troupe marchait silencieuse. Et, tout à coup, à dix pas devant lui, dans une cour, dans la clarté des torches allumées, il vit grouiller une masse confuse d'hommes d'armés en tête desquels marchait un officier.
Celui-ci, d'un geste, arrêta sa troupe devant l'entrée du corridor. Pardaillan marchait toujours, sans hâter, ni ralentir le pas. Cet instant de silence fut bref.
—Holà! cria l'officier, qui êtes-vous?
—En avant! rugit Pardaillan.