Et, pourtant, la situation, qui, après avoir été tragique, était maintenant si favorable, menaçait de redevenir terrible. En effet, au tocsin de la Bastille, d'autres tocsins dans Paris avaient répondu. Des rumeurs s'éveillaient.

Ce qui se passait!... Il se passait que Pardaillan, prenait la Bastille!... Et la Bastille prise, que voulait-il encore?... Il se rapprocha de la fenêtre grillée où les vingt gardes terrorisés, affolés par ces bruits qu'ils entendaient, étaient persuadés que Henri III était dans Paris.

—Le chef?... demanda Pardaillan.

Un sergent s'approcha en disant:

—Grâce! Je n'en ai pas fait plus que les autres!...

—Rassure-toi mon ami, fit Pardaillan. Vous aurez tous vie sauve. Passe-moi simplement les clefs des cachots, et fais-moi le plaisir de sortir avec six de ces braves.

-Quelques instants plus tard, il rejoignait Pardaillan avec six hommes portant chacun un trousseau de clefs.

—Mon ami, dit Pardaillan, le roi veut voir les prisonniers de la Bastille dès cette nuit, excepté ceux de la tour du Nord. Va donc me chercher les autres. Et tâche d'être prompt si tu veux qu'on oublie que tu fus guisard.

Le sergent s'élança au pas de course.

Dix minutes se passèrent. Dans la Bastille, les rumeurs s'apaisaient peu à peu. Et, si l'on entendait encore des cris, c'était ceux de: «Vive le roi!» Mais, hors de là Bastille, Paris, réveillé pas les tocsins, s'armait, se répandait dans les rues. On ne savait pas encore pourquoi, ni d'où venait cette alarme... Mais bientôt... Charles d'Angoulême regarda Pardaillan d'un air qui signifiait clairement que vraiment c'était tenter le diable que d'attendre plus longtemps. Pardaillan se mit à rire et dit: