—Le révérend abbé m'a assuré que vous pourriez me conduire auprès d'elle, afin qu'elle puisse m'entendre sous le sceau de la confession.

—Parlez, donc, sire moine, dit tranquillement Fausta. Car vous êtes devant celle dont vous a parlé votre abbé, celle qui peut vous absoudre.

A ces mots, Fausta se redressa dans son fauteuil.

Ce n'était plus une femme... C'était un être mystérieux, à qui il plaisait de se montrer femme, mais qui, tout à l'heure peut-être, serait prince, reître ou prêtre.

Jacques Clément, depuis la nuit dans la chapelle des jacobins, vivait dans une sorte d'éréthisme sentimental, ou, plutôt, dans une crise de folie spéciale. Très raisonnable et même capable de beaux sentiments, comme on l'a vu par sa rencontre avec Pardaillan, d'esprit sombre, mais très lucide, son imagination le transportait dans une vie à part, dès qu'il était question de cette vision et de ce qui s'y rattachait... c'est-à-dire le meurtre projeté de Henri de Valois.

Il lui semblait alors entendre des voix surhumaines et apercevoir des êtres fantastiques, au milieu desquels il se mouvait à l'aise, comme si le domaine du fantastique eût été désormais la seule réalité réelle.

Le moine regarda Fausta et ne la reconnut pas. Il vit ce visage qui, de douceur féminine, était devenu flamboyant et majestueux. Un étrange frémissement s'empara de lui. Il entendit à son oreille ce coup de cymbales qu'il entendait lorsque, de sa vie réelle, il se transposait subitement dans l'irréel. Et, ses yeux s'étant abaissés jusqu'à la main de Fausta, il ne fut pas surpris d'y voir l'anneau des papes!...

Lentement, il se laissa tomber à genoux et balbutia:

—Qui êtes-vous?... M'êtes-vous envoyée par le Seigneur? Etes-vous un de ses anges, comme elle?

A la question qui venait de lui être posée, Fausta répondit avec une sincérité absolue: