—Grâce, madame et souveraine, râla le moine. Je ne sais par quel prodige vous êtes au courant de sensations que je n'ai même pas la force de m'avouer à moi-même, mais ces sensations, vous me les peignez avec une vérité affreuse!

—Soit, reprit Fausta avec une infinie douceur. Ne parlons donc plus du passé et songeons à l'avenir. Vous voilà donc en garde. Et, si vous vous trouvez en face de la duchesse de Montpensier...

—Eh bien? bégaya le moine.

—Eh bien, je vous l'ai dit: soyez en défiance... car...

—Madame, ma souveraine, de grâce...

—Eh bien, elle vous aime! dit Fausta.

Le moine jeta un cri terrible et tomba prosterné, la face contre terre... Longtemps, il demeura ainsi, avec cette seule pensée vivante en lui, flamboyante comme un éclair qui l'eût aveuglé:

—Elle m'aime!... Me méfier d'elle... moi!... Ah! dût-elle me conduire en enfer!...

Lorsqu'il se releva, il vit avec surprise que Fausta avait disparu. A sa place, une jeune femme souriante l'attendait. Elle le prit par la main, le conduisit à une porte qui, sur un signal donné par elle, venait de s'entrouvrir.

Le moine franchit cette porte et, se retrouvant dans l'auberge du Pressoir-de-Fer, il put croire qu'il avait rêvé. Sans s'attarder, d'ailleurs, il quitta l'auberge et s'éloigna rapidement.