Après le départ de Maurevert, Fausta avait renvoyé ses femmes.

Fausta avait reçu avec un calme étrange la nouvelle de la fuite de Pardaillan. Demeurée seule, elle ferma soigneusement les portes, abaissa les tapisseries qui les voilaient, lentement alla s'asseoir et se mit à songer:

«Cet homme m'a dit qu'il ferait obstacle à mes projets. Il tient parole. Tout m'a réussi jusqu'au jour où il est entré dans ma vie. Tout s'effondre depuis l'instant où il s'est révélé à moi...»

Ce qui se passait en elle était effroyable.

Fausta sentait, comprenait qu'elle pleurait. Mais ses larmes, au lieu de déborder des paupières, au lieu d'être des gouttes visibles brûlant ses joues, étaient des larmes invisibles et semblaient retomber sur son coeur comme du plomb fondu.

Ce qui souffrait en elle, ce qui se débattait, c'était la créature humaine, la femme. Et, ce qui demeurait ainsi paisible dans ce fauteuil, c'était une Fausta pour ainsi dire artificielle, la souveraine de l'orgueil, celle qui ne s'était jamais vue pleurer et qui jamais n'avait eu peur.

«Ce Maurevert, songea-t-elle, m'a parlé de leur épouvante, à tous. Et moi?... Épouvante, qui es-tu?... Épouvante, je t'ignore!...»

Et elle vit que désormais elle n'ignorait plus l'épouvante. Elle comprit que, si Pardaillan était libre, elle tremblait.

«C'est ma propre faiblesse qui fait sa force, continua-t-elle. Il y a en moi un sentiment que je ne devais pas connaître. Entre Dieu et moi, ce pacte avait été fait. Je devais être la Vierge immaculée non seulement dans son corps mais dans le plus secret de sa pensée... Je ne suis plus la Vierge...»

Fausta prononça ces mots presque à haute voix. Et qui les eût entendus n'eût eu aucune idée de la rage, de la terreur, de la honte qui bouleversaient cette âme.