Pardaillan, son chapeau à la main droite, la main gauche appuyée à la garde de la rapière, l'oeil doux, la figure paisible, parlait avec un accent de profonde sincérité. Fausta jeta sur lui un furtif regard. Et ses yeux, à elle, se troublèrent. Son sein palpita.
Il est certain que, si elle était une magnifique expression de la splendeur féminine, Pardaillan, dans cette attitude un peu théâtrale, mais qui lui seyait à merveille, avec son visage rayonnant de générosité, était un, admirable type de beauté masculine.
Fausta comprit qu'elle avait devant elle un adversaire digne de sa puissance.
—Monsieur de Pardaillan, dit-elle, je vous pardonne d'être entré ici sans y être appelé. Je vous pardonne de m'avoir touché au front. Mais je vous déclare que vous ne sortirez pas d'ici vivant. Vous avez entendu les ordres que j'ai donnés?
Pardaillan fit oui de la tête. Fausta reprit avec un sourire livide:
—Je vous pardonne aussi, puisque vous allez mourir, d'avoir surpris mes secrets, de savoir qui je suis.
Pardaillan s'inclina.
—Madame, dit-il avec cette charmante naïveté de la voix et du regard qui n'appartenait qu'à lui, puisque vous voulez bien me pardonner tout cela, pourquoi donc voulez-vous me tuer?...
Fausta devint plus pâle qu'elle n'était. Et ce fut d'une voix morte, sans accent, qu'elle répondit:
—Vous allez comprendre d'un seul coup, monsieur de Pardaillan, combien je vous admire, combien je vous estime, et combien je suis sûre de vous tuer tout à l'heure. Je veux vous tuer, monsieur, parce que ce n'est pas au front, mais au coeur que vous m'avez touchée. Si je vous haïssais, je vous laisserais vivre. Mais il faut que vous mouriez, parce que je vous aime.