—Un entretien de vous à moi, madame, était indispensable et urgent. Je me suis introduit chez vous comme j'ai pu. Voulez-vous me pardonner cette grave infraction aux règles de toute étiquette, soit princière ou royale, soit pontificale?
Cette fois, Fausta fit un geste: elle frappa d'un marteau sur un timbre. Un homme entra, qui ne témoigna d'aucun étonnement à la vue de l'étranger.
—Combien de gardes au palais demanda Fausta d'une voix calme.
—Vingt-quatre arquebusiers, dit l'homme. Mais, si Votre Sainteté le désire, on peut faire aussi venir les archers dont c'est le jour de repos jusqu'à minuit.
—Combien de gentilshommes de service? reprit la Fausta.
—Les douze ordinaires. Mais...
—Silence. Faites prendre les armes aux gardes et surveillez toutes les issues. Que les gentilshommes de service se tiennent prêts à entrer ici au premier coup de sifflet. Allez.
L'homme fit une génuflexion et sortit. Pardaillan sourit. Les mesures prises par la Fausta le soulageaient d'une inquiétude. Cette femme était peut-être une tigresse, mais c'était une femme. Maintenant, il était sûr d'avoir affaire à des hommes. Cette pensée le rassura.
—Qui êtes-vous? demanda la Fausta, comme si elle eût vu alors pour la première fois l'homme qui était devant elle.
—Madame, dit Pardaillan, je suis celui à qui vous avez fait commettre une impardonnable faute. Grâce à votre habileté à vous déguiser, grâce à l'incomparable souplesse avec laquelle vous maniez l'épée, vous m'avez forcé, devant la Devinière, à vous prendre un instant pour un homme; vous m'avez forcé à croiser le fer avec une femme; vous m'avez forcé à toucher cette femme au front... C'est une chose que je ne me pardonnerai jamais, madame...