—Si, dans une heure, vous ne m'avez pas revu, tuez sans pitié, puis sautez à cheval, courez à Chartres à franc étrier, et prévenez le roi...
«De quoi faut-il prévenir le roi?» gronda en lui-même le jeune duc, étourdi.
Sa confiance dans la force et l'esprit d'invention de Pardaillan était illimitée. Mais il sentait que le chevalier jouait en ce moment un jeu effroyable et Charles, au lieu de répondre, se dit qu'il serait le dernier des lâches s'il n'entrait pas en même temps que son compagnon dans l'antre de la Fausta. Il fit donc résolument un pas.
—Monseigneur, dit Pardaillan en lui saisissant le bras, vous m'avez bien compris, n'est-ce pas?
Et, cette fois, le ton était tel que Charles comprit que, de son obéissance passive, dépendaient le succès de l'entreprise et la vie du chevalier.
—Soyez tranquille, dit-il, si, dans une heure, vous n êtes pas de retour où vous savez, je tue, et, dès demain matin, dès cette nuit, Henri III est prévenu.
—Admirable! fit Pardaillan.
Et il entra, cessant de maintenir ouverte la porte La porte, alors, se referma d'elle-même, lourdement Pardaillan s'était avancé vers Fausta, la tête découverte, la plume de son chapeau balayant le tapis. Il s'inclina.
—Madame, dit-il en se redressant, daignerez-vous me pardonner de me présenter chez vous à une heure tardive et par une porte dérobée.
Fausta s'était assise. Une joie funeste brillait dans son regard. Elle s'était accoudée au bras de son fauteuil, et telles étaient sa pâleur et son immobilité qu'il eût été facile de la prendre pour quelque beau marbre. Pardaillan reprit: