—Peu de chose; contre la liberté de Jacques Clément, je vous demande la vie et la liberté de deux hommes. Est-ce trop pour payer la mort d'un roi?...
—Deux hommes? dit Fausta surprise.
—Nous y voici donc, fit Pardaillan. Je vais vous dire, madame. Ces deux hommes, je ne les connais pas. Leur vie ou leur mort m'est indifférente, comme celle de Valois. Seulement, vous avez vu tout à l'heure ce jeune homme qui maintenant s'apprête à égorger Jacques Clément s'il ne me revoit pas. Eh bien, ce jeune homme a une mère qui s'appelle Marie Touchet. Et cette femme, un jour que mon père allait subir le supplice, est apparue dans la prison et a sauvé mon père... et moi, par la même occasion. Le fils de Marie Touchet m'est sacré, madame. Alors, voyez comme c'est simple: tout naturellement, je me suis mis à aimer ce qu'aime mon seigneur duc, et j'ai éprouvé une vive affection pour cette pauvre petite bohémienne que vous avez voulu faire brûler vive... Me suivez-vous, madame?
—Oui. Vous venez me demander Violetta. Mais j'ignore où elle peut être.
—Je viens, dit Pardaillan, vous demander la vie du père de Violetta et d'un autre malheureux; le prince Farnèse et maître Claude sont enfermés ici, condamnés à mourir. Ce sont ces deux hommes que je suis venu vous supplier humblement de rendre à la lumière du jour.
Ici, Fausta établit rapidement dans sa tête que quelqu'un autour d'elle la trahissait. Car comment Pardaillan eût-il appris que Claude et Farnèse étaient enfermés dans son palais? Elle dédaigna de se demander qui était ce traître.
—Ainsi, fit-elle d'une voix qui résonna avec une étrange douceur, vous êtes venu vous faire tuer ici dans l'espoir de sauver deux hommes que vous ne connaissez pas?
—Je crois que vous faites erreur, madame, dit Pardaillan. Je suis bien venu pour sauver ces deux hommes, mais je ne suis pas venu pour me faire tuer, puisque je vous ai dit tout au contraire qu'il est nécessaire que je vive encore. Je vous propose un marché, voilà tout, estimant que la vie de Jacques Clément que je tiens dans mes mains vous est plus précieuse que la vie de Farnèse et de Claude. Me serais-je trompé? ajouta-t-il avec une inquiétude réelle, si réelle qu'elle eût pu paraître feinte à toute autre que Fausta.
—Vous ne vous êtes pas trompé, dit-elle gravement. Et la preuve c'est que je fais grâce à ces deux hommes, condamnés pourtant par un tribunal dont les sentences sont sans appel.
Pardaillan demeura stupéfait. Il ne pouvait croire que la ruse naïve qu'il venait d'employer eût si pleinement réussi.