Ces gens étaient au nombre d'une trentaine. Ils étaient armés d'épées et de poignards. Ils se tenaient debout, tout autour de la salle, contre les murs. A l'entrée de Pardaillan, aucun d'eux ne fit un geste. Et, dans la minute qui suivit, il eut le temps de bien se rendre compte de sa situation. Elle était terrible...
D'abord, la porte, comme toutes les autres, venait de se fermer. Ensuite, au milieu, au beau milieu du plancher, s'ouvrait un trou carré. Au fond de ce trou, il entendait mugir les eaux de la Seine. S'il faisait un faux pas en se défendant, il tombait dans le trou. S'il se déplaçait, en avant, en arrière, à gauche ou à droite, il se heurtait aux aciers qui luisaient confusément dans cet antre à peine éclairé!... Pardaillan se trouvait dans la salle des exécutions, c'est-à-dire dans cette salle même où maître Claude avait pénétré pour étrangler Violetta.
Il y eut, comme nous l'avons dit, une minute de silence.
«Si je pouvais seulement m'acculer à un de ces angles!» songeait Pardaillan.
Brusquement, retentit de l'autre côté des murs un bruit éclatant et prolongé, semblable au bruit que peuvent faire deux cymbales violemment heurtées l'une contre l'autre. Alors, les statues adossées aux murs s'animèrent et se mirent en mouvement, les épées en garde; dans le même instant, Pardaillan se vit au centre d'un cercle d'acier.
Ce cercle se resserra sans hâte. Chacun de ces hommes, l'épée nue en avant, marchait vers le trou noir qui béait. Ils ne semblaient pas voir Pardaillan, ni s'occuper de lui. Seulement, la manoeuvre apparut au chevalier d'une admirable simplicité: de quelque côté qu'il se tournât, il avait une pointe sur la poitrine. C'était sûr; il allait être lardé de coups d'épée, et, à force de reculer, il lui faudrait bien sauter dans le trou!...
Au moment même où les statues s'animaient et se mettaient en mouvement, il se rua en avant pour franchir le cercle d'acier, et porta devant lui deux ou trois coups de pointe. Et un frémissement de terreur le parcourut cette fois des pieds à la tête: il était sûr d'avoir touché deux de ses assaillants... de les avoir touchés à mort!... Et aucun ne tombait!...
Il comprit que tous ces hommes étaient vêtus de cottes de mailles qui les rendaient invulnérables, sauf au visage!... Et ces visages, alors, il les regarda. Car il eut le temps de les regarder!... Car les assaillants avançaient avec une effroyable lenteur... Et, cette fois, l'épouvante se glissa dans son coeur...
Car ces visages immobiles, sans un pli, sans expression, pareils à des visages de morts, il comprit que c'était des masques... Non, même pas au visage, il ne pouvait atteindre les formidables statues qui marchaient sur lui, lentement, combien lentement!...
Il jeta un rapide coup d'oeil derrière lui. H était à trois pas du trou carré ouvert pour le recevoir. Une deuxième fois, il se rua, silencieux, haletant, les cheveux hérissés... Et il recula: aucun des hommes n'était blessé, et lui venait d'être touché à l'épaule, au défaut de sa cuirasse de buffle.