Fausta prononça avec une étrange et glaciale solennité:

—Bourreau! Nous, grande prêtresse de l'Ordre auquel vous avez juré obéissance, avons jugé et condamné à mort une créature humaine de qui la vie était une menace pour les projets sacrés dont nous sommes la dépositaire. Bourreau! vous avez accepté d'être l'exécuteur de secrètes sentences qui ne relèvent que de la divine justice... Entrez donc dans la chambre des exécutions où la condamnée attend et accomplissez votre oeuvre...

Claude releva le front et tendit les mains vers Fausta.

Vous avez à Nous parler!... Nous vous le permettons..., dit Fausta.

—Souveraine, dit Claude avec un tremblement convulsif, j'ose adresser une supplique à l'éblouissante Majesté aux pieds de laquelle je me prosterne...

—Parlez, bourreau: Nous sommes sur cette terre pour punir, mais aussi pour consoler.

—Consoler!... Oui! C'est de consolation dont j'ai besoin... Le vent qui passe m'apporte les larmes et les malédictions de ceux que j'ai tués... En vain je me crie que je fus seulement un instrument de la justice humaine! En vain j'implore le Dieu tout-puissant de rendre un peu d'apaisement à mon coeur! J'ai peur de mourir sans cette absolution suprême qui me fut promise par votre envoyé!... Depuis deux ans que j'ai juré obéissance, par trois fois j'ai dû venir ici exercer mon terrible ministère... et la Seine n'a redit à personne le secret des trois cadavres que je lui ai jetés!... J'ai imploré la pitié de plus de cent prêtres; et aucun n'a voulu tracer sur ma tête le signe rédempteur qui m'eût rendu le repos!... A votre envoyé. Souveraine, j'ai refusé l'or qu'il m'offrait... mais, lorsqu'il m'a promis la sainte absolution, j'ai signé le pacte!... Par trois fois, j'ai obéi, Souveraine! Maintenant, je ne peux plus. Souveraine, ayez pitié de moi!...

—Vous avez bien fait de m'ouvrir votre âme, dit Fausta d'un accent de douceur pénétrante. Bourreau, l'épreuve est terminée. Allez demain dans Notre-Dame. Après la messe, vous serez entendu en confession générale, mais par un prince de l'Eglise, muni, à votre intention, des pleins pouvoirs de Sa Sainteté...

Et d'une voix de commandement suprême:

—Maintenant bourreau, va! Éteins cette vie encore!... A ce prix, demain, tu seras absous de tous tes meurtres, et délivré de tous tes spectres...