Alors Claude repoussa derrière lui Violetta comme pour une protection suprême. Puis il joignit ses mains énormes et, la tête perdue, balbutia d'une voix très basse:

—Madame, c'est mon enfant... Je l'avais perdue... et je la retrouve ici... Vous ne voudriez pas, n'est-ce pas? maintenant que vous savez. Allons... laissez-nous passer...

—Bourreau, dit Fausta, qu'attends-tu pour exécuter la condamnée?

A ce mot de bourreau, un cri d'angoisse et d'horreur jaillit de la gorge de Violetta.

—Mon père!... Bourreau!... Mon père est bourreau!...

Claude entendit ce cri. Alors, il se tourna vers la jeune fille. Une sublime expression de désespoir s'étendit sur sa physionomie. Et d'un accent indiciblement navré:

—Ne t'effraie pas... je ne te toucherai plus, si tu veux... je ne te parlerai plus... je ne t'appellerai plus ma fille... mais ne t'effraie pas. Je t'en supplie, n'aie pas peur... Madame, gronda-t-il soudain en se retournant vers Fausta, vous venez de commettre un crime; vous avez brisé le lien d'affection qui rattachait cette enfant à l'infortuné que je suis. Et je vous le déclare: prenez garde, maintenant...

—Prends garde toi-même, bourreau! interrompit Fausta sans colère, Es-tu en rébellion? Obéis-tu?

—Obéir! Ah ça! Je vous dis que c'est ma fille!... Ne crains rien, ma petite Violetta. Sortons d'ici!

—Bourreau! dit Fausta d'une voix éclatante, choisis: de mourir avec elle, ou d'obéir!...