Pardaillan avait soulevé le rideau de la fenêtre près de laquelle il était placé, et, un peu pâle, avait levé les yeux vers la façade d'une vieille maison sise vis-à-vis de l'auberge.
—C'est là que je la connus, dit-il avec une grande douceur! C'est là que je la vis pour la première fois...
—Loïse!... murmura l'hôtesse en elle-même.
Pardaillan laissa retomber le rideau, et se mettant à rire:
—Ah ça! dame Huguette, vous n'avez donc plus de ce vin si clair et si traître qu'affectionnait mon père?...
L'hôtesse fit un signe; une servante se précipita; bientôt Huguette remplit un gobelet que le chevalier lampa d'un trait. Coup sur coup, il vida ainsi trois ou quatre verres, tandis que l'hôtesse, de sa voix câline, multipliait les questions, poussée par la curiosité... L'oeiï de Pardaillan se troublait, ce front d'une si insoucieuse audace se voilait.
—Tenez, Huguette, dit-il soudain, je n'ai plus personne qui m'aime... que vous... Je ne vois pas pourquoi je vous cacherais mon coeur. Sachez donc, dame Huguette, que, si j'étais si triste à mon dernier passage à Paris, c'est que je venais de perdre Loïse...
—Morte! fit l'hôtesse avec une sincère et profonde douleur! Morte, Loïse de Montmorency!..
—Loïse de Pardaillan, comtesse de Margency, dit gravement le chevalier. Car elle était ma femme. Et moi, on m'avait fait comte de Margency. Oui, elle est morte... Le jour où nous quittâmes Paris, en ce jour d'horreur où nous marchions dans le sang...
—La Saint-Barthélémy!