—Oui... Ce fut ce jour-là que mon père succomba à ses blessures. Et ce fut à ce moment, à cette minute d'angoisse où je me penchais sur mon père, ce fut alors qu'un démon bondit et frappa Loïse d'un coup de poignard... Versez-moi donc à boire, ma jolie Huguette...

—Oh! c'est affreux! fit l'hôtesse. Voir mourir le même jour votre père et... celle que vous adoriez!...

—Non! dit Pardaillan, elle ne mourut pas ce jour-là. La blessure était insignifiante. Et Loïse en guérit rapidement... Alors, Je l'épousai... à Montmorency. Alors je crus que le paradis était descendu sur terre exprès pour moi. Car, vous l'avez dit, j'adorais Loïse comme j'adorerai jusqu'à mon dernier souffle le radieux souvenir que je garde d'elle...

Pardaillan disait ces choses-là avec un léger tremblement, les yeux perdus au loin, dans son passé...

—Pauvre chevalier! Pauvre Loïse! dit Huguette.

—Oui!... Trois mois après notre union, l'ange s'envola... Un soir, une fièvre ardente la prit... Le lendemain matin, elle jeta ses bras autour de mon cou, voulut prononcer quelques mots, et expira doucement.

—Elle a donc succombé à cette fièvre? reprit timidement Huguette.

Pardaillan secoua la tête:

—Si elle était simplement morte d'une fièvre, dit-il d'une voix étrangement rauque, n'ayant plus rien à faire au monde, je serais mort aussi, moi!... Or, j'ai vécu... et je vis... ajouta-t-il avec un accent terrible.

Il laissa retomber son verre vide sur la table et reprit: