L'autre, en effet, était une caricature de corbeau: cheveux noirs et plats sur le front, nez long, proéminent et osseux. Il répondit d'une voix lugubre:

—Monseigneur, on m'appelle Croasse...

—Croasse? Admirable, par Pilate!... Eh bien, monsieur Picouic et monsieur Croasse, mangez et buvez, vous êtes les hôtes du chevalier de Pardaillan... Madame Grégoire, voici l'écot de mes deux camarades, ajouta le chevalier en déposant deux écus d'or dans la main de l'hôtesse.

Et, sur un geste de refus esquissé par Huguette:

—Ma chère Huguette, fit-il doucement, vous savez que mes hôtes sont à moi et que je n'ai jamais permis à personne de s'en emparer.

Et, saluant les deux hères d'un de ces grands gestes chevaleresques dont il avait le secret, le chevalier, suivi de Pipeau, rejoignit le duc d'Angoulême qui l'attendait dans la rue: cependant que MM. Croasse et Picouic, les deux «hercules» de Belgodère, hébétés d'admiration, commençaient timidement l'attaque.

A l'instant où Pardaillan franchissait le seuil de la Devinière, le rideau d'un cabinet qui s'ouvrait sur la cuisine et la salle se souleva. Derrière les vitraux apparut une sombre figure qui le regarda descendre le perron... Et, cette figure, convulsée de haine, c'était celle de Maurevert, l'assassin de Loïse de Pardaillan, comtesse de Margency.

VII

L'ORGIE

S'il fallait chercher le mot synthétique capable de traduire le duc de Guise dans sa personnalité humaine, nous dirions que cet homme s'appelait Orgueil. Guise, comme Achille, n'avait qu'un point vulnérable dans son âme cuirassée: on ne pouvait le blesser que dans son orgueil.