—Si je vous dois cela... Je vous devrai plus que le trône! haleta Guise, ivre de vengeance.
Il s'inclina avec ce respect religieux qui courbait tous ceux qui approchaient Fausta, et, voyant un homme qui, au coup de timbre, venait d'entrer, le suivit précipitamment, la main au manche de sa dague.
Alors, Fausta s'approcha d'une lourde tapisserie qu'elle souleva. Derrière la tapisserie, il y avait une porte fermée, sur le panneau de laquelle s'ouvrait un judas, qui faisait communiquer la maison de Fausta avec l'auberge voisine!...
L'homme qui conduisait Guise sortit de la maison, et se dirigea droit sur l'entrée du Pressoir-de-Fer. Il gratta à la porte qui s'ouvrit et, quelques instants plus tard, le duc de Guise se trouvait dans l'intérieur de ce cabaret.
Deux grosses filles joufflues, très peintes, couvertes de bijoux et très court vêtues, s'avancèrent au-devant de lui en souriant et exécutant des révérences.
L'une d'elles s'approcha de lui et lui appliqua sur la figure un masque de velours tel que les élégants en portaient alors, lorsqu'ils pénétraient dans un lieu de réputation douteuse, et pour ne pas être reconnus. Presque en même temps, l'autre lui jetait sur les épaules un ample manteau de soie légère.
Guise comprit que ces femmes étaient averties de sa visite et qu'elles savaient ce qu'il venait chercher à l'auberge du Pressoir-de-Fer. Elles l'entraînèrent dans la salle qui s'ouvrait sur le cabaret.
Là, régnait une demi-obscurité. La pièce, tendue d'élégantes étoffes et meublée de larges fauteuils, était déserte; mais, de la salle voisine, arrivaient des éclats de rire, des voix excitées, tout un bruit d'orgie... Et Guise comprit alors que cette petite maison de cabaret sur le devant était en réalité un lieu de débauche, comme il y en avait tant dans les sombres ruelles de la Cité...
—Monseigneur n'a qu'à entrer, murmura l'une des femmes, on n'attend plus qu'un convive... ce convive ne viendra pas... c'est monseigneur qui vient à sa place... La partie de plaisir consiste ce soir à garder son masque: seulement, à dix heures, tous les masques devront tomber...
Elles poussèrent une porte, s'effacèrent et Guise entra. Tout d'abord, il demeura ébloui par l'éclat des lumières. Il était brusquement poussé dans l'orgie la plus radieuse et la plus impudique.