Le chevalier de Pardaillan avait quitté la Devinière, escorté, par Charles d'Angoulême et suivi de Pipeau. Sur ses instances et presque sur ses ordres, le jeune duc le quitta pour aller l'attendre rue des Barrés. Pardaillan n'eut pas de peine à trouver l'auberge de l'Espérance, et il y établit son quartier général pour la journée.
Il se mit en observation, interrogeant l'hôte, faisant bavarder les gens de basse mine qui hantaient l'auberge. Quoi qu'il fît et qu'il dît, il ne put obtenir aucun renseignement positif sur la singulière disparition de la petite chanteuse de Bohême. Il se décida donc à attendre la nuit pour entreprendre l'expédition qu'il méditait.
La nuit venue, Pardaillan sortit, sifflotant un air de fanfare. Pipeau marchait gravement sur ses talons.
Dehors, le chevalier présenta au chien l'écharpe de Violetta et la lui fit flairer. Pipeau considéra l'écharpe d'un oeil torve, la renifla un instant, et son moignon de queue s'agita.
—Très bien, fit Pardaillan, nous y sommes. En avant!
Au premier croisement des rues. Pipeau quêta, chercha avec rage, avec frénésie, le bout du nez de travers.
A vingt pas derrière Pardaillan, dans l'ombre, se glissant le long des murs, trois hommes avançaient et suivaient tous ses mouvements. Deux d'entre eux tenaient à la main un solide poignard effilé; le troisième les dirigeait et semblait guetter le moment de les lâcher sur Pardaillan...
Cet homme, c'était Maurevert. Les deux autres, c'étaient les deux hercules de la troupe Belgodère: Croasse et Picouic.
Maurevert, au moment où le chevalier était sorti de la Devinière, s'était élancé sur ses traces et l'avait suivi jusqu'à la porte de l'auberge de l'Espérance, et, dehors, avait guetté la sortie de Pardaillan.
Il était patient. Il eût attendu jusqu'au lendemain, s'il l'eût fallu. Pardaillan à Paris!... C'était la mort assurée!...