—Tâche de dormir; ne pense plus à tout cela; c'est fini, je te dis... Tu comprends, il faut que tu te reposes pour que demain à la première heure nous puissions partir... non, non, ne dis rien... tais-toi... Sache seulement que, lorsque nous serons loin de Paris, quand tu seras en sûreté... eh bien, tu seras libre de me voir ou de ne pas me voir...

Violetta voulut prononcer quelques mots... Mais déjà Claude avait disparu. Lorsque les premiers rayons du soleil pénétrèrent dans la chambre, elle se leva, s'habilla et s'assit dans un fauteuil, les mains jointes, la tête penchée sur le sein. Ce fut à ce moment que maître Claude entra.

—Dans quelques minutes, dit-il, une bonne litière va venir. Tu y monteras avec dame Gilberte... Moi, je serai à cheval, et, tu sais, ne va pas avoir peur...

—Avant de partir, je voudrais vous parler, balbutia Violetta avec une émotion qui la faisait trembler.

Claude pâlit.

Violetta, cependant, se taisait. Elle avait baissé les yeux, et continuait à trembler. Claude, par un suprême effort de désespoir, souriait.

—Voyons, dit-il d'une voix qu'il crut très naturelle, parle, puisque tu as quelque chose à me dire... moi, vois-tu, je crois... je...

Brusquement, il tomba à genoux.

—Écoute-moi, ma petite Violetta. Avant que la bonté du Seigneur ne t'eût mise dans ma vie comme un rayon de soleil, j'exerçais mon métier sans savoir. Tantôt à Montfaucon, tantôt en Grève, des fois à la Croix-du-Trahoir, ou ailleurs, j'allais... on me livrait le condamné, la condamnée... Est-ce que je savais, moi?... Mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père, tous avaient tué. J'ai fait comme eux. C'était le métier de la famille...

Violetta écoutait, dans un tel saisissement qu'il lui eût été impossible de faire un geste.