—C'était ainsi, continua-t-il. Et voilà qu'un jour je te pris, je te ramassai, toute frêle, toute petite, et si jolie... Tu ne saurais jamais ce qui s'est passé dans mon coeur à cette minute où tu tendais tes mains à la foule?...

—Je tendais... mes mains... à la foule?...

—Bien sûr! Et c'est moi qui te pris, puisque tu n'avais pas de père...

—Pas de père! cria Violetta secouée d'un tressaillement.

—C'est vrai... tu ne sais pas... je t'ai toujours menti... Je ne suis pas ton père..., termina-t-il humblement.

Violetta porta vivement ses mains à ses yeux comme pour les garantir d'une lumière trop vive et murmura: —O Simonne, ton agonie a donc dit la vérité...

Elle demeura ainsi, le visage caché dans ses mains, tandis que Claude reprenait:

—Voilà. Je ne suis pas ton père. Avant que tu ne fusses mienne, avant que je ne t'eusse ramassée, pauvre petite abandonnée, j'ignorais ce que c'est que la vie. Mais, quand tu fus à moi, un jour, tout à coup, je m'aperçus que je n'étais plus le même... j'eus horreur de tuer... Déjà je songeais à ce que tu penserais, à ce que tu dirais, si jamais l'affreuse vérité t'était révélée... Je crus retrouver la paix en me faisant relever de mes horribles fonctions... Ah! bien, oui! Plus que jamais, des spectres rôdèrent autour de moi... Et ce n'est que près de toi, dans notre petite maison de Meudon, que je me sentais redevenir moi-même... c'était trop de bonheur encore pour moi... je te perdis. Ce que j'ai souffert en ces années de solitude et de désespoir, moi-même sans doute je ne pourrais le dire... Et voici qu'à l'heure où je te retrouve, au moment, à la minute où je puis espérer revivre encore... voici que tu apprends ce que j'ai été!... Voilà... tu sais tout... Ce que je voulais te demander seulement, c'est de me permettre de te sauver... de te mettre en sûreté... Et puis, après, tu me renverras!

Claude baissa la tête. A genoux, affaissé sur lui-même. Violetta ouvrit ses yeux bleus où brilla une lueur d'aurore, et, de sa voix douce, elle dit:

—Père... mon bon petit papa Claude... embrasse-moi... tu vois bien que tu me fais beaucoup de chagrin...