Par des ruelles détournées, Farnèse atteignait Notre-Dame. Maître Claude y entra à sa suite. Farnèse le conduisit jusqu'à un confessionnal et dit:
—Attendez-moi là... préparez votre conscience au grand acte...
Claude tomba à genoux et murmura:
—Mon Dieu, Seigneur! N'est-ce pas que je ne puis pas me séparer de mon enfant! N'est-ce pas que je puis la garder!... N'est-ce pas que c'est assez que je dise à votre ministre qu'il ne doit plus pleurer, et que, plus tard, il reverra l'enfant!...
Farnèse avait disparu dans la sacristie. Il y était entré cavalier; il en sortit cardinal... Lorsque Claude le revit soudain traversant la vaste nef silencieuse et obscure, il tressaillit. Farnèse en cavalier était un admirable gentilhomme. Farnèse en cardinal était, dans toute sa majesté imposante, ce que pouvait alors représenter ce mot: un-prince de l'Eglise...
Farnèse, en passant devant le maître-autel, fléchit le genou, peut-être autant par une faiblesse physique que par devoir religieux. Une sorte de gémissement sourd s'échappa de ses lèvres, et il baissa les yeux, n'osant regarder ces marches en travers desquelles était tombée Léonore...
Ah! cette horrible matinée du jour de Pâques de l'année 1573!...
Livide de ces souvenirs, il se dirigea vers Claude agenouillé, là-bas, dans le grand confessionnal à la vaste architecture... Et alors, ce fut un autre sentiment qui se déchaîna en lui! Ce fut une autre scène qui se présenta à son imagination!... Il revit le gibet de la place de Grève!... Il revit le bourreau s'emparant de son enfant!...
Une enfant... une fille! C'est-à-dire la possibilité de vivre, d'aimer encore, de réparer peut-être... Non! rien de tout cela n'avait été... Il se revit courant chez Claude, le suppliant... Il entendit le bourreau lui répéter:
Votre fille n'a vécu que trois jours...