—Sire chevalier de Pardaillan, dit gravement Fausta, votre air et vos paroles me donnent le désir de vous connaître mieux. Ne me ferez-vous pas la faveur de vous reposer un instant chez la princesse Fausta-Borgia, étrangère venue à Paris pour s'y instruire des arts, des lettres, de la noble élégance de la gentilhommerie française...

Le chevalier jeta autour de lui ce rapide et sûr coup d'oeil de l'homme habitué à la prudence.

—Qu'est ceci? grommela-t-il en lui-même. Un coupe-gorge, peut-être?... Hum!... Voilà aussi, par la mort-diable, une créature par trop délicieuse, pour un tel cadre... Ma foi, je me laisse tomber? Tant pis s'il y a un précipice sous les fleurs!...

Et s'inclinant avec une grâce altière, non sans laisser entrevoir la longueur démesurée de sa rapière:

—Madame, dit-il, l'illustre nom de Borgia m'est garant qu'en fait d'arts et de lettres vous pourriez être notre éducatrice. Cela dit, madame, je me déclare à vos ordres.

Fausta fit un geste comme pour inviter le chevalier à la suivre et pénétra dans l'intérieur.

Pardaillan ébloui, transporté en pays de rêve et de mystère, palpitait voyant le trône et la tiare.

Fausta s'arrêta dans cette façon de boudoir où elle avait reçu le duc de Guise et qui était sans doute destiné aux étrangers. Elle s'assit sur ce siège de satin blanc où sa beauté fatale prenait un relief de précieuse médaille. Et, avant que Pardaillan fût revenu de son étonnement:

—Monsieur le chevalier, dit-elle, c'est vous qui, sur la place de Grève, avez tenu tête à M. le duc de Guise, et avez joué ce tour dont tout Paris a parlé.

—Moi, madame? s'écria Pardaillan, jouant la stupéfaction, êtes-vous bien sûre que ce soit moi?...