—J'ai tout vu; du haut d'une fenêtre, je prenais plaisir à voir la place encombrée de bateleurs et de marchands... j'ai tout vu, et je viens de vous reconnaître.

—En ce cas, madame, je me garderai bien de vous contredire. Ce serait vous donner une piètre idée de cette gentilhommerie française que vous êtes venue étudier sur place.

Pardaillan, son premier étonnement passé, redevenait maître de lui-même. Il avait une physionomie de naïveté ingénue et paisible. Quant à Fausta, il était impossible de savoir ce qu'elle pensait. Mais, pour la première fois, elle voyait un homme soutenir son regard avec une dignité mêlée d'une impassible ironie...

—Monsieur, dit-elle, sur la place de Grève, je vous ai admiré... Votre épée est sûre, monsieur; mais votre coup d'oeil est encore plus sûr. Venons donc au fait.

«Que va-t-il m'arriver?» se dit Pardaillan.

—Lorsque, sur la place de Grève, je vous ai vu à l'oeuvre, continua Fausta en essayant vainement de faire baisser les yeux du chevalier, j'ai pris aussitôt la résolution de m'enquérir de vous et de vous connaître. Le hasard me sert à souhait, M. de Guise doit vous haïr. S'il vous hait depuis longtemps, raison de plus pour faire votre paix avec lui...

—Vous voulez dire, madame, qu'il serait sage à lui de faire sa paix avec moi?

Fausta jeta un regard plus aigu sur la figure de cet homme qui osait parler ainsi du maître de Paris.

—Monsieur, dît-elle tout à coup, si vous voulez mettre votre épée au service du duc de Guise, je vous jure, moi, que non seulement il oubliera tout ressentiment, mais encore qu'il fera de vous un puissant seigneur...

—Il faudra donc, dit paisiblement le chevalier, qu'il touche cette main que voici?