Alors seulement il la reconnut. C'était Saïzuma la bohémienne. C'était la mère de Violetta... Charles d'Angoulême, lui aussi, l'avait reconnue et s'était approché.
Peut-être le lecteur n'a-t-il pas oublié qu'après sa première visite au couvent des bénédictines Pardaillan avait amené la bohémienne à l'auberge de la Devinière, où il l'avait confiée aux soins de dame Huguette. Mais, dès le soir même du jour où le chevalier s'était rendu au duc de Guise, Saïzuma avait disparu de l'auberge.
Avait-elle été effrayée par le tumulte? Qu'était-elle devenue depuis ce temps? Comment avait-elle vécu?... Où avait-elle trouvé un gîte?...
Saïzuma le regardait en souriant. Il était évident qu'elle le reconnaissait et qu'elle se souvenait parfaitement de la scène de l'auberge de l'Espérance.
—Prenez garde au traître! dit-elle d'une voix douce. Prenez garde à ceux qui font des serments!
—Madame, dit Pardaillan, venez avec nous. Il n'est pas séant qu'une Montaigues soit ainsi errante par les chemins...
—Montaigues! fit-elle frémissante. Quel est ce nom?...
—Léonore, baronne de Montaigues, c'est le vôtre!
—Léonore? J'ai connu une pauvre fille qui s'appelait ainsi!... Elle est morte!...
La bohémienne était devenue toute blanche. Charles saisit, une de ses mains et la pressa dans les siennes.