—Ils étaient tous deux sur les pentes de Montmartre, continua Maurevert, car ils n'osent rentrer dans Paris. Ils sont à la recherche de la petite bohémienne. Je marchais, je montais, j'allais à l'abbaye... et, tout à coup, j'ai vu Pardaillan... Et j'ai vu que j'allais mourir, madame! j'ai vu cela dans ses yeux... Alors, la peur, la hideuse peur qui me tient depuis tant d'années, m'a mordu au coeur et je suis tombé à genoux... et j'ai demandé grâce!... Ah! il ne manquait que cela à ma haine!... Cette chose plus affreuse que tout ce que j'avais pu supposer: il m'a fait grâce.

Fausta eut un bref tressaillement.

—Il m'a fait grâce de la vie! continua Maurevert. Et, je vous le dis, madame, cela manquait à ma haine!... Voici: il m'a fait grâce pour que je puisse lui dire demain où se trouve la petite bohémienne!...

Maurevert fut secoué de nouveau par son effroyable rire.

«Demain! murmura Fausta. Demain... à dix heures... à la Ville-l'Evêque.»

Elle songeait... elle cherchait une solution...

Ah! certes, ce n'était pas la solution extérieure qui l'occupait!... Prendre Pardaillan? S'emparer de lui? C'était facile en l'occurrence!... Quels que fussent le courage, la force et la ruse de Pardaillan, il succomberait infailliblement!...

Non! ce n'était pas là ce qui l'inquiétait! La solution qu'elle cherchait était intérieure...

Depuis la scène de la cathédrale de Chartres, un travail étrange se faisait dans le coeur de cette femme. Il y avait en elle de la haine et de l'amour à poids égaux...

La haine, c'était l'orgueil. L'amour, c'était la vérité.