—Vous avez rencontré Pardaillan? demanda-t-elle froidement. Il vous a vu?

—Il m'a parlé! fit Maurevert avec un frisson. Madame, je vois dans vos yeux l'étonnement de me voir vivant. Je vais vous étonner davantage: Pardaillan est à nous!

Cette fois, en effet, la stupéfaction fut si réelle chez Fausta qu'elle ne songea pas à la déguiser.

—Vous l'avez blessé? fit-elle sans pouvoir dominer un sentiment que Maurevert prit pour de la joie, et où il y avait en effet de la joie.

Maurevert secoua la tête.

—Expliquez-vous...

—Nous le tenons, madame, dit Maurevert en qui éclata alors la haine. Demain, à dix heures, nous n'avons qu'à le prendre! Il ne s'agit que de combiner une bonne embuscade, et il y viendra tête baissée...

Un rire terrible secoua Maurevert. Fausta alors comprit comme elle ne l'avait pas encore compris...

—Pardonnez-moi, haleta l'homme, je ris depuis cet après-midi... je ris comme jamais je n'ai pu rire depuis seize ans!... Écoutez-moi, madame, nous n'avons qu'à préparer l'embuscade: une centaine d'hommes solides et bien armés suffiront. Car, Pardaillan ne se doute de rien. Sa confiance, voyez-vous, est prodigieuse; au fond, c'est un imbécile... Il m'a donné rendez-vous, demain, à dix heures, à la Ville-l'Évêque; le reste nous regarde!...

Fausta, appuyée sur le bras de son fauteuil, pensive, considérait cette manifestation de haine avec une curiosité effrayante.