—Je reste, monseigneur... Cette enfant que j'adore... qui est ma fille... vous partez avec elle... vous me l'enlevez... Monseigneur, n'avez-vous rien à me dire?...
—Que puis-je donc vous dire? fit sourdement le cardinal, sinon que je compatis à votre douleur...
—Eh! quoi, monseigneur, dit Claude avec plus d'humilité encore, est-ce vraiment tout ce que vous trouvez comme consolation?... Cette enfant, dès que je l'eus prise dans mes bras, je me suis mis à l'aimer! Monseigneur... de grâce... ayez pitié de ma détresse!... Pourquoi voulez-vous m'arracher le coeur en m'arrachant ma fille?...
—Parlez, balbutia le cardinal, que puis-je?... Qu'avez-vous espéré?
—Pendant que cette femme parlait, j'ai espéré que le bonheur vous rendrait généreux, monseigneur! Que vous auriez une minute assez de courage pour me dire: tu es le bourreau, c'est vrai! Mais tu es le vrai père de Violetta!... Viens donc avec nous et prends ta part de bonheur!...
—Jamais! gronda violemment le prince Farnèse... Maître, perds-tu la tête? Oublies-tu ce que tu as été?
—Monseigneur, vous me dites ce que je me suis dit maintes fois. Mais sachez qu'elle sait, vous dis-je, ce que je fus! Et cet ange ne m'a pas repoussé...
—Mais, moi, moi... je mourrais de honte et d'horreur à voir ma fille te donner la main...
—Monseigneur... vous ne me comprenez pas... Qu'est-ce que je demande?... d'être simplement un de vos serviteurs. Je ne vivrais même pas dans votre palais. Tenez, vous pourriez m'employer à cultiver vos jardins...
—Maître Claude, dit froidement Farnèse, renoncez à ces idées. Vous-même vous sentez et comprenez que l'ancien bourreau juré de Paris ne peut vivre auprès d'une princesse Farnèse, même parmi ses serviteurs... Seulement, je m'engage sur le salut de mon âme à vous faire tenir tous les trois ou six mois une lettre qui vous parlera d'elle...