Charles d'Angoulême, livide, frissonnant, recula de deux pas, et jeta une sorte de gémissement lamentable:
—Le bourreau!...
—Puissances du Ciel, je puis mourir heureux! cria en lui-même maître Claude, transfiguré, le visage rayonnant d'une joie surhumaine...
A ces mots, il prit rapidement le flacon de poison qu'il portait dans son aumônière et en avala le contenu. Violetta, les yeux fixés sur Charles, n'avait pas vu ce geste!...
Pendant quelques secondes, ses yeux fermés sous ses mains, demeurèrent pourtant comme éblouis par de sinistres lueurs... Quand il laissa retomber ses mains, quand son regard se posa sur Violetta, la jeune fille poussa un grand cri de joie éperdue... Car, dans les yeux de son fiancé, elle venait de voir que l'amour était vainqueur de la révélation.
Dans le même instant, les deux amants étaient dans les bras l'un de l'autre... Charles prit une main de Violetta dans sa main, s'avança vers Claude, et pâle encore, mais la physionomie rayonnante de mâle loyauté, prononça:
—Monsieur, laissez-moi saluer en vous le père de celle que j'adore et à qui, devant vous, je consacre ma vie... Ce que vous fûtes, je l'ignore. Ce secret s'est déjà évanoui de mon coeur. Voici ma main!...
Charles tendit sa main en frémissant malgré lui.
Claude la saisit et poussa un long soupir, en murmurant:
—Maintenant, je suis sûr du bonheur de ma fille!...