—O mon noble Charles, balbutia Violetta. Comme je vous bénis!... O bon père... tu auras donc, toi aussi, ta part de bonheur!...
Claude sourit d'un sourire qui contenait sûrement tout le bonheur et tout l'amour... Presque au même instant, il sentit une sueur glaciale pointer à la racine de ses cheveux, il chancela, tomba sur les genoux, puis, comme tout se mettait à tourner autour de lui, il s'allongea sur le sol, les mains crispées sur l'herbe.
—Père! père! cria Violetta en s'agenouillant.
—Ne t'inquiète pas... c'est... c'est la joie...
—Oh! bégaya la jeune fille épouvantée, mais son visage se décompose... ses mains se glacent... Seigneur! est-ce que mon père va mourir?...
Claude se raidit. Un sourire illumina son visage monstrueux et, d'une voix infiniment douce, il répondit:
—Mourir... oui!... je meurs... Mon enfant, je meurs de joie... quelle belle et heureuse fin! Monseigneur, ma bénédiction vous accompagnera dans la vie... Je vous donne cette enfant... Adieu... ta main, mon enfant...
Dans un dernier effort, il saisit la main de Violetta... Il l'appuya sur ses lèvres et ferma les yeux...
Et comme Violetta, affaissée sur elle-même, étouffait ses sanglots dans un pan de son manteau ramené sur son visage, le duc d'Angoulême, jetant les yeux autour de lui, aperçut le petit flacon qui avait roulé presque au bord de la source. Il tressaillit et jeta sur le mort un regard de pitié profonde...
Alors, il se baissa; et, pour que ce flacon ne fût pas vu de sa fiancée, pour qu'elle pût garder à jamais cette touchante illusion qu'avait voulu créer le bourreau, il plongea la frêle capsule dans l'eau pure de la source...