A ce moment, une jeune fille sortit de l'abbaye, s'arrêta un instant non loin du chêne sous lequel gisait Belgodère étranglé, jeta autour d'elle des yeux égarés, et, apercevant enfin Charles d'Angoulême et Violetta, descendit d'un pas affolé par la terreur, et se pencha sur Violetta:

—Chère et douce compagne de captivité, murmura-t-elle. Nous sommes donc libres!... Au prix de quelles horreurs, hélas!...

Violetta, levant son visage baigné de larmes, reconnut Jeanne Fourcaud, se leva et se jeta dans ses bras:

—Mon père est mort!... sanglota-t-elle.

C'était en effet la fille de Belgodère!

Le duc d'Angoulême vit un secours dans l'arrivée de cette belle enfant qu'il ne connaissait pas, mais qui semblait aimer tendrement sa fiancée. Il glissa quelques mots à l'oreille de Jeanne Fourcaud, qui entraîna Violetta loin du pauvre corps du bourreau.

Quelques paysans du hameau s'étaient approchés... Charles leur fit signe et, moyennant une pièce d'or, obtint qu'ils enlevassent le cadavre, qui fut déposé dans une chaumière. Quant à celui de Belgodère, il fut enterré à l'endroit même où il était tombé.

Tandis que Jeanne Fourcaud, dans la chaumière où reposait le corps de maître Claude, essayait de consoler Violetta, Charles d'Angoulême s'était rapproché de l'abbaye. Inquiet de Pardaillan, il allait pénétrer dans l'intérieur du couvent lorsqu'il le vit apparaître.

Le chevalier semblait fort calme. Mais Charles connaissait bien cette physionomie. Et, à certains signes, il vit que Pardaillan devait être bouleversé par quelque violente émotion. Il se contenta donc de le mettre au courant de ce qui venait de se passer près de la source.

—Bien, dit Pardaillan, qui hocha la tête, vous n'avez plus, monseigneur, qu'à conduire votre fiancée à Orléans.