—Pauvre petite chanteuse! murmura-t-il, attendri. Pourquoi un tel supplice. Elle n'est coupable que d'être trop jolie...

Pardaillan se retourna et vit Fausta. Cette femme extraordinaire semblait n'éprouver aucune émotion ni des scènes tragiques qui venaient de se dérouler, ni du danger auquel elle venait d'échapper.

Fausta le considéra quelques instants, cherchant peut-être à percer du regard cette enveloppe d'ironie et d'insouciance, qui masquait la physionomie du chevalier.

—Vous m'avez sauvé la vie, dit-elle enfin. Pourquoi?

Pardaillan releva la tête fine sur laquelle les rayons du soleil mettaient à ce moment une sorte d'auréole.

—Ah! fit-il, si vous me parlez ainsi, madame, si nous sortons de la folie furieuse des hérésies, des mises en croix, si nous échappons au cauchemar devenu mortel pour cette malheureuse et ce prêtre (il montrait les cadavres de Léonore et de Farnèse), si nous rentrons enfin dans le naturel, je vous répondrai seulement ceci: j'ai vu une femme qu'on allait tuer; j'ai vu des fauves se ruer avec des cris de mort sur un être sans défense, et, sans me demander ni pourquoi ni comment, je me suis trouvé le fer au poing devant les fauves...

—Ainsi, reprit Fausta, si toute autre que moi se fût trouvée à ma place, vous l'eussiez défendue.

—Sans doute! dit Pardaillan.

Fausta, pensive, baissa la tête, peut-être pour cacher la pâleur qui envahissait son visage.

—Maintenant, madame, continua le chevalier, voulez-vous me permettre de vous poser à mon tour une question?... Oui?... La voici: pourquoi le sire de Maurevert m'avait-il donné rendez-vous aujourd'hui à midi, près de la porte Montmartre?...