—Merci, monsieur, dit Fausta sans un tressaillement. Veuillez donc m'attendre devant le portail de cette abbaye. Je vous y rejoindrai dans quelques instants...
Le chevalier salua en soulevant son chapeau, mais sans s'incliner; puis, d'un pas tranquille, sans retourner la tête, il s'éloigna et traversa le terrain de culture.
Alors, Fausta ramena son regard près d'elle et vit les deux corps abattus près de la croix: Farnèse et Léonore enlacés dans l'étreinte du suprême baiser qu'avait cherché l'amant... Un pâle sourire vint crisper ses lèvres.
«Celui-là, du moins, a reçu le châtiment de la trahison, murmura-t-elle. Quant aux autres, quant à ce misérable Rovenni, quant à ces lâches, ces fous, trois fois fous...»
A ce moment, l'abbesse, Claudine de Beauvilliers, parut, toute pâle et tremblante.
—Ah! madame, dit-elle, quelle catastrophe!... Vaincues... nous sommes vaincues!...
—Qui vous dit que je sois vaincue! gronda Fausta. Est-ce que je puis être vaincue!... Allons, ma pauvre fille, la terreur vous fait perdre l'esprit. Mais, moi, je ne perds pas la mémoire de ce que je dois... Vous m'avez bien servie, et ce n'est pas votre faute si un incident recule de quelques jours l'exécution de mes projets. Envoyez donc quelqu'un à mon palais dès aujourd'hui, la somme convenue vous sera remise...
Claudine s'inclina avec un cri de joie:
—Vous êtes plus que la puissance, murmura-t-elle, vous êtes la générosité!
—Vous vous trompez, dit froidement Fausta; je sais seulement payer mes dettes, d'argent, d'amitié... ou de haine. Prenez soin de ces deux corps et veillez à ce qu'ils soient enterrés dans le cimetière de l'abbaye...