A ces mots, sans l'ouvrir, sans la décacheter, sans jeter un coup d'oeil sur la suscription, Pardaillan se mit à déchirer la lettre en petits morceaux. Lorsqu'elle eut été ainsi réduite en miettes certainement illisibles, ces fragments minuscules, il les jeta en l'air.
Pendant cette opération, le comte Luigi avait tenu attachés sur Pardaillan ses yeux pleins de stupéfaction. Puis, l'étonnement fit place à une sorte d'admiration. Et, d'un ton qui traduisit toute sa reconnaissance, il murmura:
—Merci, monsieur!...
Pardaillan haussa les épaules.
—Je vous ai prévenu que j'avais seulement l'intention de jouer un tour à votre Fausta. C'est fait. Quant à me servir d'une lettre tombée en mon pouvoir pour faire assassiner une femme, ce n'est pas dans mes habitudes. Cette lettre détruite n'existe plus, même dans mon souvenir. Êtes-vous rassuré?...
—Oui, monsieur... et je vous bénis... de m'avoir donné... une pareille assurance... avant de mourir...
—Eh! mordieu, vous ne mourrez pas!
Le blessé secoua tristement la tête. Puis, épuisé par les efforts qu'il venait de faire, il s'évanouit.
Pardaillan alla à son cheval et fouilla vivement l'une des fontes. Là, sous le pistolet, il y avait des bandages, de la charpie, enfin tout ce qu'il faut à un homme pour panser provisoirement une blessure. Puis il se mit à dégringoler la falaise par un sentier presque à pic, mouilla dans l'eau de mer un fort tampon de charpie, remonta au pas de charge, lava la blessure, y appliqua de la charpie et banda le tout le plus proprement du monde.
—C'est de l'eau salée, dit Pardaillan. Cela pique. Mais ce n'en est que meilleur. Maintenant, monsieur, attention. Je vais vous soulever et vous placer sur mon cheval...